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La société traverse une situation difficile et souhaite des mesures d'urgence pour pouvoir continuer ses activités.
Transrail est malade et même très malade. Si rien n'est fait, la société, qui exploite la ligne ferroviaire Bamako-Dakar, pourrait déposer le bilan à la fin de l'année. Pour éviter une faillite qui aurait des conséquences catastrophiques, le ministre de l'Équipement et des Transports, Ahmed Diane Séméga et son homologue du Sénégal, Abdourahim Agne, se sont rencontrés jeudi dernier à l'hôtel Salam.
Transrail traverse à la fois une tension de trésorerie et une crise sociale sans précédent. La rencontre ministérielle survient après celle des experts des deux pays, qui après avoir pris connaissance des difficultés de la société, à l'issue de deux jours de travaux, ont fait des recommandations sur la base d'un plan d'urgence pour la relance des activités proposées par les responsables de l’entreprise.
Expliquant la situation actuelle de la société, Djibril Naman Kéïta, le secrétaire général de Transrail, a indiqué qu’elle traverse un moment critique. La question de sa pérennité se pose. Cette situation est essentiellement due, de son point de vue, à la non application par les États d'une grande partie des accords de partenariat pour la relance des activités de la société.
Depuis 2006, Transrail enregistre des pertes estimées de nos jours à 10 milliards de Fcfa, a annoncé le secrétaire général qui a ajouté que la société ne réunissait plus les conditions juridiques d'une exploitation correcte. La trésorerie de la société ne lui permet plus de faire face à son endettement, encore moins d’honorer son programme d'investissement à court terme. En fait, Transrail est en cessation de paiement et la quasi totalité de ses engins, ainsi que la voie ferrée sont en mauvais état. D’où la fréquence des déraillements. Pour la seule année 2008, Transrail a enregistré 164 déraillements du côté du Sénégal et 52 du côté du Mali.
"La société est structurellement déficitaire, son niveau de charges, en particulier les charges sociales, n'étant pas en relation avec son niveau d'activités, alors qu'une amélioration notable ne peut être attendue dans un bref délai", a expliqué Djibril Naman Kéïta. Pour lui, la non reconstitution des fonds de roulement cumulée avec les tensions de trésorerie qui résultent d'un endettement à court terme de dix milliards de Fcfa a entraîné Transrail dans une spirale de baisse du chiffre d'affaires. Transrail réclame au titre d'arriérés d’impayés 4 milliards au Mali et 5 au Sénégal.
L’entreprise demande des mesures d'urgence notamment le paiement de 4 des 9 milliards d'arriérés enfin de pouvoir au moins reprendre ses activités. En plus de cette mesure que les experts ont soumis aux États, la société souhaite l'ouverture de négociations entre les deux États pour la signature dans les meilleurs délais des actes non encore signés ainsi que du contrat de cession du matériel ferroviaire, la signature par les États de l'avenant à la convention fiscale et douanière, entre autres.
Les experts ont recommandé aussi au Mali et au Sénégal de financer l'étude institutionnelle de la société qui doit en déterminer les modalités de gestion.
Après avoir pris connaissance de la batterie de recommandations des experts, les ministres ont souhaité, avant toute autre chose, la réalisation d’une étude institutionnelle présentée comme un préalable à la recapitalisation de la société. Cette étude devrait être réalisée dans deux mois vu l'urgence de la situation. Les ministres ont promis que suivant les résultats de cette étude, ils mettront tout en oeuvre pour le redressement de la société qui est indispensable au développement économique des deux États. Rendez-vous a été pris pour septembre prochain à Dakar afin d’évaluer la mise en oeuvre des recommandations.
Le représentant de la Banque mondiale, Moctar Thiam, a confirmé l'intérêt que son institution accorde au chemin de fer Bamako-Dakar. Il a réitéré aux États le soutien de la Banque mondiale pour la reprise des activités de la société.
Les ministres, Ahmed Diane Séméga et Abdourahim Agne, ont rencontré les travailleurs de la société dans les locaux des ateliers centraux de Korofina qui servent à la réparation des machines et à la fabrication de pièces de rechange. Les deux responsables ont tenté d'apaiser le climat social très tendu entre les travailleurs et le PDG de Transrail, Éric Pieffer. Les travailleurs réclament le départ d’un patron qui a voulu licencier 376 agents avec l'aval du conseil d'administration de la société. Le PDG n'avait pas avisé au préalable les autorités du Mali et du Sénégal.
Les ministres ont assuré les travailleurs que cette mesure ne sera pas appliquée et ont dénoncé l'attitude d’Eric Pieffer qui depuis 2006 a rompu le dialogue avec ses employés et n'a pas répondu à l'invitation des ministres. Ils ont exhorté les agents de Transrail à beaucoup de détermination pour sortir la société de sa situation difficile.
Be COULIBALY |